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Lou

28 oct

lou reed

Virtuellement vôtre

19 jan

Vie, rêve et internet.

Internet. Quelle importance ? Ce milieu me parait finalement insignifiant par son indigence culturelle, son ultra-conformisme mais surtout par son irréalité. La vie réelle et le rêve furent deux notions qui existaient, d’abord. Maintenant une valeur de l’être humain en sa version online se distingue depuis l’arrivée du web 2.0 jusqu’à son culminent essor, présentement. Comme si l’être humain avait une troisième facette, une façon synchronique d’exister au travers d’internet dont il n’aurait même pas ou plus conscience.

Des bouliers aux premières suites de 0 et de 1 programmables, des initiaux sons Windows créés par Brian Eno aux primitifs géants du web ne s’est écoulé qu’un nombre dérisoire d’années. De nos jours, quelques sites internationaux subsistent au rachat ou à la mainmise publicitaire comme Wikipédia, qui se voit obligé de réclamer de l’argent à ses propres usagers pour subsister. Mais pour le reste, nous sommes dans un bordel perpétuel. Une impasse.

Time is money ? Je ressens aujourd’hui l’utilisation d’internet comme une perte de temps et une corruption personnelle telle qu’elle ne devrait pas exister. Seuls les rêves de chacun semblent pour l’instant pouvoir échapper à l’intrusion de la technologie. Mais les individus eux-mêmes trouvent dans le réseau informatique mondial une raison d’exister au travers d’opinions dérisoires ou de publications diverses (souvent appelées par défaut "partages") ; se montrer au travers d’écrans est devenu important, inhérent à son bien-être et finalement un acte normal.

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Une situation orwellienne.

À moins de caméras microscopiques tout droit tirées de romans de science-fiction, l’espionnage de votre boîte aux lettres ne me semble pas d’actualité, chers lecteurs. Quant à vos boîtes e-mail, avez-vous déjà songé à la possession que vous avez de celles-ci ? Non seulement une possession physique est effectivement impossible ; mais croyez-vous seulement que ces milliers d’e-mails reçus depuis des années maintenant sur Hotmail ou Gmail, qu’importe, vous appartiennent-ils vraiment ? Ne doutez-vous pas de vos achats en ligne qui vous sont guidés par chacun de vos clics journaliers, de vos fouilles sur le saint-moteur de recherche aux 200 milliards de dollars de capital ? Ne trouvez-vous pas injuste que l’on nous impose sur ce média et de manière instantanée, par réseaux sociaux (Twitter, Facebook…) les moindres détails des campagnes électorales de ces pays occidentaux qui en outre possèdent de beaux étendards, l’arme atomique, ceci, cela ? N’estimez-vous pas que les utilisations personnelles de ces mêmes réseaux sociaux, aujourd’hui abusives, représentent un réel problème qui risque d’exploser ? Ne pensez-vous pas qu’il est légitime de concevoir l’utilisation de la toile comme un tangible fardeau pour l’humanité ?

Windows, Google… Sont deux colosses prêts à tout contrôler chez l’Homme dans sa version 2.0 jusque dans sa vie réelle. Les navigateurs internet savent maintenant tout sur vos habitudes et intérêts, vos recherches, vos relations virtuelles… Ainsi, prenons l’exemple d’un navigateur Google Chrome couplé avec une adresse Gmail, un compte YouTube, une page Google +… De même, une adresse Hotmail liée avec Internet Explorer, une page Facebook, Twitter ou LinkedIn (réseau professionnel), un compte Skype… Tout cela pouvant être condensé par l’utilisation de smartphones ou de tablettes, et ainsi générer un réseau démentiel autour de ces nouveaux écrans publicitaires intelligents, installés dans le métro parisien jusque dans les gares ferroviaires de province (ces écrans Samsung/Metrobus ont d’ailleurs le pouvoir de retenir le nombre de contacts visuels qu’ils reçoivent et le temps d’exposition aux messages émis, mais aussi de capter les pages web visitées par les passants sur leurs ordiphones, afin d’adapter le contenu publicitaire du panneau animé). L’étreinte par laquelle les internautes seront toujours plus étouffés est telle qu’il est difficile de s’en libérer. Même les visites de ce blog piteux proviennent de quelques mots-clés bien choisis, et pourtant tellement anecdotiques.

Néanmoins, des solutions existent : utiliser un navigateur différent de ceux proposés par les multinationales du marché du web, créer une boîte e-mail chez un hébergeur inconnu, installer AdBlock Plus sur son web browser afin d’y abolir la publicité…  Cette vitrine sécuritaire tiendra-t-elle longtemps ? J’en doute.

Se battre contre la machine est oiseux, me direz-vous.

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Wir fahren auf die autobahn.

Telle cette entrée autoroutière du nord-est de la France que je connais bien où des dizaines de détritus (papiers, sachets, boîtes…) arborent un logo Mc Do et gisent là, sur le gazon du bas-côté, internet n’est qu’un coin d’herbe pollué. On s’y attarde un instant pour consommer la merde qui nous est servie avant de foncer grâce aux autoroutes de très haut débit.

Attention… L’article que vous venez de parcourir est sans intérêt et la lecture de ce blog particulièrement inutile.

Lost-Highway-07

"In the future, everyone will be world-famous for 15 minutes."

I quit.

Bad news from the stars…

23 oct

… il n’y aura vraisemblablement pas de suite à l’article sur Gainsbourg…

… Mais je suis de retour, après presque un an d’absence. Je me décide finalement à réécrire sur cet humble website. Ayant supprimé mon compte personnel, j’ai perdu l’accès à l’administration de la page Facebook du blog, mon réseau est réduit à néant et je ne pourrai que difficilement promouvoir mes articles…

Comme une allure de drame 2.0, n’est-ce pas ?

Pendant ces quelques mois, il s’en est passé des trucs musicaux, surtout des concerts. J’ai publié il y a quelques jours un clip que j’ai fait pour des copains, à base d’images du classique ballon rouge de Lamorisse, sorti en 1965. Leur musique mériterait du coup d’être un brin moins moderne et pop pour coller avec les images, mais que voulez-vous…

En janvier, j’ai assisté au grand retour de D’Angelo après douze ans d’absence, au Zénith de Paris. C’était franchement chouette. Un grand pianiste que ce métisse vêtu d’un bandeau hippie pour l’occasion. Gonzales, la semaine dernière (concert à l’opéra dans le cadre du Nancy Jazz Pulsations), a prouvé qu’il était un des grands maîtres modernes de l’instrument, dans un autre style. Mais le canadien n’était pas accompagné de Pino Palladino, définitivement une sorte de demi-dieu de la quatre cordes.

En avril, concert de Pete Doherty. Épave, le mec. "Good morning" sont les premiers mots lancés à la salle, vers vingt-deux heures. La classe. On aura quand même pu intercepter une bière lancée au public par la loque, histoire de se rincer la gorge, devenue sèche après un tel scandale.

Depuis, pas grand chose. Un concert de the xx sur Lothian Road à Edinburgh, la veille de la sortie de leur dernier opus. Ça aussi c’était balèze. Ils auront innové sur chacun des titres joués, issus du premier et du second album. Et puis niveau lumières, c’était un spectacle sculptural : des effets quasi-funestes aux paillettes tombées du plafond en milieu de set. Purement fuligineux.  Un gigantesque "X" jusqu’alors masqué par un drap blanc est révélé pour le final : sur Infinity, je crois. Magie noire gothico-émotionnelle le temps d’une soirée dans cet Usher Hall écossais.

Gainsbourg, from 1991 to 2011

3 déc
Première partie

Vingt ans après la mort du Grand Serge, deux hommages sont parus au mois de Novembre. Le premier est l’album "L’homme à tête de chou" repris par le défunt Alain Bashung et enregistré à l’occasion d’un projet organisé par Jean-Claude Gallotta, chorégraphe. Le second est le tout récent "From Gainsbourg to Lulu" du fils de Serge Gainsbourg, Lulu donc, qui a su s’entourer de grosses montures de la musique contemporaine, et de l’Art de manière plus générale. Après écoute des deux disques, analyse de deux ultimes saluts à l’incommensurable poète et dandy français.

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"From Gainsbourg to Lulu"

Lulu Gainsbourg nous met presque l’eau à la bouche, mais sa voix nasillarde dès le premier titre nous fait savoir qu’il aura besoin d’associations solides pour être crédible sur cet album comportant exclusivement des reprises du géniteur. Du côté des duos réussis, on retiendra "Bonnie & Clyde" (avec Scarlett Johansson : qui mieux qu’elle pouvait donc rivaliser avec Bardot ?), "Manon" (avec Marianne Faithfull), "Requiem Pour Un Con" (avec Matthieu Chedid, qu’on avait pas pris plaisir à écouter depuis son album "Qui de nous deux", en 2003), La Javanaise (avec Richard Bona), Initials BB (avec un Iggy Pop très proche de son préliminaire album houellebecqien) et enfin "Couleur Café" (avec Ayo). Pour le reste, il s’agira de reprises instrumentales abouties, pour la plupart, à l’image de "Black Trombone" et "Intoxicated Man", reprenant la mélodie de la chanson originale au saxophone, immense sur cet album.

Soulignons cependant les immondices : "Je suis venu te dire que je m’en vais", où on s’interroge : Calogero serait-il venu habiter le corps de Rufus Wainwright au moment de l’enregistrement ?… L’apparition de Johnny Depp et Vanessa Paradis sur "Ballade de Melody Nelson" n’est que purement anecdotique et enfin "La Noyée" dont l’interprétation, tellement fadasse et insignifiante, ne parvient pas même à effleurer la classe de l’originale. En bref, cet album constitue un bel hommage orphelin, touchant par moments, duquel on retiendra des duos originaux, mais un brin opportuniste et présomptueux.

On revient très vite avec une chronique de la réédition de "L’homme à tête de chou".

The Kills : fuck the people !

19 nov

18 novembre, 21h15. J’arrive dans le hall ponceau de l’Autre Canal avec quelques-uns de mes acolytes musiciens après un concert privé à l’Excelsior, restaurant nancéien. Accueillis par "Love Comes in Spurts" de Richard Hell & the Voidoids, l’ambiance se dessine presque déjà…


Quand les Kills montent sur scène (crinière rouge pour Alison Mosshart, veston de cuir pour Jamie Hince), on aperçoit très vite qu’ils seront accompagnés par quatre percussionnistes à tambours, juste devant le grand drap au motif léopard accroché à l’arrière du décor. Tout ceci ressemble au jeu scénique de Death in June, fraichement reformés, et donne au tableau un côté théâtral quasi-morbide.

Les grands moments de ce concert pourraient être résumés avec "Tape Song", juste avant le rappel, qui a mis une claque à plus d’un spectateur hier soir ; par "Satellite", dépeignant une ambiance de stade, son refrain sera repris en cœur par une majeure partie de la salle ; mais surtout avec "Fuck The People", qui aura poussé l’ambiance à son summum.

Le concert se ferme avec une passade. "The Last Goodbye", extraite du dernier album, évidemment. Ils quittent la scène, les lumières se rallument et la populace rejoint rue et pénates sur "Transmission" de Joy Division.

Le regain du rap français ?

15 nov

Nous sommes bien loin de l’âge d’or du rap français. Les membres des immenses NTM (Kool Shen, Joey Starr), IAM (Akhenaton, Shurik’n…) ou même Lunatic (Booba, Ali) ne convainquent plus aujourd’hui. «Le rap c’était mieux avant»… Ces mots reviennent sans cesse mais le problème ne demeure peut être plus pour longtemps : de nombreux rappeurs émergent grâce au web. Accompagnés de son, voici les portraits succincts et non exhaustifs de quelques-uns de ces proverbiaux olibrius pas toujours provinciaux, ni même politiquement corrects.

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Soklak

Amuse-gueule de cette chronique : Soklak. Artiste à la plume admirable, il est issu de Seine Saint-Denis, donc fous ton gilet pare-balles :

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Orselsan

Originaire de l’Orne, il perce avec des morceaux comme "Sale Pute" ou "Saint-Valentin" et est logiquement trop vite considéré comme le vilain petit canard. La violence verbale y est omniprésente et on peut facilement imaginer la censure à laquelle Orelsan a été confronté dès ses débuts. Beaucoup l’ont soutenu comme Oxmo Puccino (légende du rap français surnommée "Black Jacques Brel" pour ses textes d’une grande précision poétique et sa reprise de "Ces Gens-Là"), l’Amour n’était donc pas complètement mort pour Orelsan. Aujourd’hui, il a deux albums à son actif, "Perdu d’Avance" encore adolescent et le récent "Le chant des sirènes", plus mature. Extrait de son dernier disque, "1990» est un hommage aux prémices du rap hexagonal et Puccino apparaît dans le vidéo-clip. On y entend aussi un sample du "Qui sème le vent récolte le tempo" de MC Solaar, sorti en 1991 :

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Youssoupha

"J’mets un billet sur la tête de celui qui fera taire ce con d’Eric Zemmour". Grâce à ce vers, et sûrement sans l’avoir prémédité, Youssoupha crée le buzz avec son titre "À Force De le Dire". Eric Zemmour fait appel à la justice et prône la menace de mort. Youssoupha réplique avec un titre éponyme à la plainte du Saint-Eric  :

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Oster Lapwass, Kacem Wapalek, Lucio Bukowski…

Oster Lapwass est un beatmaker originaire de Lyon et accueille depuis maintenant plusieurs années des rappeurs de la France entière chez lui, afin d’enregistrer. Parmi ceux-ci, des petits génies aux lyrics acérés : Kacem Wapalek, Lucio Bukowski, Anto… À force de publications, Oster Lapwass promet une vidéo purement lyonnaise, la 69ème, qui ne devrait pas tarder à être dévoilée sur la toile. Non-extraite de son premier album "Absence de veine dans un monde sans gain", la vidéo qui suit est un des passages les plus remarqués du dénommé Wapalek dans la métropole rhodanienne :

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1995, L’Entourage

Tous parisiens ou presque, les rappeurs issus de ces "crews" ont du talent. En pleine tournée française, 1995 s’inspire des plus grands, à l’image de "Laisser une empreinte" sur leur premier EP, qui se sert de samples extraits de "Où je vis", album solo de Shurik’n (IAM). Pour L’Entourage, c’est le même principe. Certains rappeurs de cette bande s’illustrent dans les sessions de "Rap Contenders" (des clashs opposant deux rappeurs -à la manière du film 8 Mile- mais a capella). Guizmo représente un rap provocateur, impertinent et agressif, mais à l’instrumentalisation frôlant la perfection. Il rappelle presque un certain Doc Gynéco à l’époque de son album "Première Consultation". Est-ce que ça le fait ? Ouais ouais.

"24 Hour Party People"

27 oct

Saint-Pétersbourg, mars 2011. Après un dîner russe des plus fantasques, je me retrouve dans la rue Rossi, qu’on peut apercevoir dans la scène centrale des "Poupées Russes" de Klapisch. Alors que la majorité des spécimens présents sont alcoolisés par les litres de vodka proposés par le restaurant visité un peu plus tôt, une sortie dans un club est annoncée. Elle ne me tente guère, et c’est dans le hall de l’hôtel Москва que je finirai ma soirée. Guidé par une flasque de rhum autrichien, je rencontre un français à la prestance punk, dont je cacherai le nom ici. Dégingandé et souriant, nous parlons sylphides et rock’n’roll, tout en partageant la présente eau-de-vie. Du reste, me concernant, entre visites absorbantes et échanges primordiaux, le périple aura été d’une exaltante béatitude.

Sur le retour, je me trouve sur le pont d’un bateau, entre Leningrad et Helsinki, et c’est avec allégresse que je recroise le zigue mélomane. Alors que le brise-glace s’enfonce lentement dans la mer Baltique au rythme du vacarme provoqué par les blocs d’eau gelée s’écrasant sur la coque, un moscovite débarque et nous présente à sa petite amie. Béats, leur voyage se terminera à Paris, Disneyland.

Ils nous proposent quelques verres de rhum (cubain, cette fois)… Nous nous retrouvons très vite dans l’allée principale du navire. La conversation bat son plein quand j’évoque "Sympathy for the Devil" des Stones. Iggy, Ian Dury, The Smiths… Puis vient ce film, "24 Hour Party People". Le russe -DJ de surcroît- dégoise un mythe, une évidence culturelle (à l’aide de sa compagne, s’improvisant traductrice) ; il le divinise comme j’aurais pu le faire avec "Control", d’Anton Corbijn. Nous échangeons adresses mails et comptes Facebook et il est déjà temps de passer à autre chose.

Depuis ce jour, j’ai vu "24 Hour Party People". Il s’agit d’une œuvre cinématographique narrée à la première personne par Tony Wilson (joué par Steve Coogan), fondateur de Factory Records et de l’Haçienda de Manchester, label et club mythiques ayant accueilli les plus grands noms de la scène mancunienne des années 80. Le film retrace les moments forts de la ville à travers les destins de trois trublions : T. Wilson donc, I. Curtis (Joy Division) et S. Ryder (Happy Mondays). Il est question d’un film à dévorer de toute urgence. Le ruskov avait raison. Et il s’entête à coup sûr, quelque part, de boire la vie à grandes goulées.

Place au prosaïque

24 sept

M’amène à écrire cet article un clip entrevu sur une chaîne musicale française, il y a quelques jours. « I Wanna Go », dernier titre de Britney Spears, tourne en boucle sur les chaînes de télévision, et probablement dans les boîtes de nuit (lieux dans lesquels je ne porte que très rarement une oreille attentive) ou encore sur les ondes de quelques radios. En recherchant la daube sur Youtube, 45 millions de vues, 250 000 commentaires. Le tout est agrémenté d’une publicité en introduction, et VEVO se permet de vous acheminer vers une vidéo de la non moins corrompue Rihanna. Je laisserai les lecteurs juger par eux-mêmes de l’authentique fiente en question ici :

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L’arrivée de VEVO en France, c’est pour bientôt. Le concept du site est simple : vous présenter les clips d’artistes se situant sous la houle de VEVO. Une sorte de "maison de disques online", qui censurera ces vidéos au moindre écart. Vous ne couperez pas à ce symbole numérique et musical de la mondialisation. Le site devrait concurrencer Spotify et autres Deezer de manière apparente d’ici peu de temps. En attendant, je me souviens…

Je me souviens d’un temps révolu où Youtube était un site indépendant… De lives rétros et sensationnels aux meilleurs épisodes des séries américaines les plus politiquement incorrects, des perles, parfois rares, souvent instructives, étaient à votre disposition. Les cartes étaient entre les mains des internautes, qui partageaient leurs héros au travers de trésors enfouis et délectables. Je me souviens d’un jadis éphémère, où la publicité sur Internet n’avait pas obstrué l’objectivité de ses utilisateurs… Où le partage de chansons ou d’idées artistiques se faisait par Messenger… Où Facebook ne régnait pas en maître… Où même MySpace, aujourd’hui en train de succomber, n’avait pas permis à des dizaines d’artistes (certains crédibles, d’autres moins) de percer sur une scène anglo-saxonne alors en manque de protagonistes… Où les noms eMule, Gnutella, ou Kazaa vous disaient quelque chose… Où le site Radio.Blog.Club vous permettait, par un tour de passe-passe, d’acquérir les meilleurs titres en une rapidité alors surprenante pour l’époque… Bref, où la loi Hadopi n’avait pas flanqué la trouille.

De Britney à Lady Gaga, des hontes du rap hexagonal (Reyel, Sexion d’Assaut, Booba…), en passant par des groupes rock dans le coup, préfabriqués (The Drums, Arctic Monkeys…) à une infâme variété française… Un amas d’artistes, tous sbires des imbuvables majors, tous produits de consommation, font de la musique un purin brouillon, fade et puant.

Finalement, aujourd’hui, que seraient devenus ces génies perdus, de Lennon à Dali, en passant par Kubrick ou Gainsbourg ? L’un se serait sûrement placé au-dessus de tout cela, laissant derrière chacun de ses pas un message pacifique et hippie, héroïque, pour certains… Il n’aurait pas non plus laissé Gaga jouer sur son piano. L’autre aurait peut être pondu quelques unes de ses toiles les plus inspirées et continué à défendre le rock’n’roll… Le divin Kubrick nous aurait permis d’y voir plus clair en délivrant une œuvre réfléchie, subtile et raffinée, au dessus de tout, en se plaçant aux frontières d’une philosophie surréaliste portant sur l’être humain et la société qui l’entoure… Le dernier aurait simplement prolongé ses excès -de génie-, avant de rejoindre le paradis des poètes…

Tout cela est dépassé. L’Art s’étouffe, chers lecteurs… Place au prosaïque.

Maceo Parker à Amnéville

6 sept

Hier, les nuances acidulées du casino d’Amnéville nous accueillent. Au travers des machines à sous et de leurs lumières criardes, on distingue la silhouette de Maceo : un écran retransmet un live du saxophoniste le plus funky du monde. Puis Rodney "Skeet" Curtis (bassiste du "Maceo Parker’s band") s’impose pour descendre les marches qui mènent à la salle, en sous-sol. Les quelques dizaines de spectateurs présents à l’ouverture des portes le suivront  peu de temps après, et accèdent à cette caverne éphémère du funk. Moquette fantaisiste, éclairage tamisé, arrière-scène sombre, balcon réservé à on-ne-sait-trop-qui… le tout est sobre. Un finaud fanatique de Prince (à en juger par son t-shirt) aura pris le pas sur moi devant la scène (le veinard chantera au micro du joueur de saxo)  mais je sais déjà que je me trouverai à deux mètres de Maceo Parker et de ses musiciens…

Ils entrent en scène, puis suit rapidement Maceo, vêtu de ses lunettes noires. Il est explicite : "Pour ceux qui ne sauraient pas encore ce qu’on joue… C’est 2% de jazz et 98% de funk !". S’en suivent 2 heures et 30 minutes de concert funk absolu. Aux chœurs, le fils de Maceo prend les devants pour quelques pauses rap, Martha High, quant à elle, nous prouve son niveau de diva en un génial frisson commun. En duo avec le clavier, Dennis Rollins, au trombone, nous propose un morceau délicat et apaisé, comme une ballade en bateau sous les lueurs lunaires. Curtis, à la basse, pose des lignes qui rebondissent sans cesse : votre cage thoracique en vibre encore 24 heures après.  Deux hommages sont rendus par Maceo Parker. James Brown/Ray Charles, comme une évidence (il s’accordera une imitation du pianiste). Le concert se clôture avec un funk lourd, éminent. Trois titres vous déchainent, surexcitent. "Uptown Up", "Shake Everything You Got" et "Pass the Peas". En sortant de là, on sourit. Le groupe a pris son pied, comme vous. Votre corps, inspiré, aura gigoté à chaque seconde du show… Maceo Parker prouve une nouvelle fois qu’il est le magistral représentant d’une musique classieuse mais néanmoins rieuse : universelle.

The Horrors, "Skying" et autres délectations

6 août

Admirateur des Horrors de la première heure, je me suis réjoui en apprenant que le groupe avait sorti son troisième album, récemment. "Skying" suit deux réalisations majeures du 21ème siècle : "Strange House" et "Primary Colours". Retour sur la discographie de cinq décalés qui s’inscrivent peu à peu dans l’histoire de la musique contemporaine…

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"Strange House"

2007. Je découvre une interview d’Alex Turner, leader des désormais boiteux Arctic Monkeys. Le musicien y évoque un disque à la pochette étrange : gothique et noirceur semblent au rendez-vous. Je tombe sur l’album importé d’Angleterre chez un disquaire, quelques jours après. Je stipendie le marchand. Quand je découvre "Strange House", je suis en Norvège. Tout, autour de moi, semble en contradiction avec le style visuel et sonore du groupe. L’obscur punk-garage des Horrors sonne à la perfection dans ces étendues d’eau et de verdure pacifiques. Occulte. Introduction fracassante, "Jack the Ripper" me rappelle bien entendu le "Peter Gunn Theme" des Blues Brothers, il s’agit presque d’un remaniement eschatologique. S’enchaînent des titres bruyants à souhait. Le single "She Is The New Thing" paraît presque pop. L’instrumentale "Gil Sleeping" presque psychédélique. Le final s’appelle "Death at the Chapel" et est uniquement présent sur cette édition britannique. Il s’agit pourtant du meilleur titre. 2 minutes de punk sauvage qui closent un premier ouvrage fonçant tout droit dans les sous-sols saccagés d’une chapelle sinistre, lieux chaotiques des expériences les plus décousues.

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"Primary Colours"

Avril 2009. "Sea Within A Sea", morceau de fin de ce "Primary Colours", est placé en écoute exclusive sur le Myspace du quintette, quelques semaines avant la sortie de l’opus. Huit minutes qui montent en puissance grâce à un duo basse/batterie dans la clarté, un chant perché, une guitare et un synthétiseur intelligibles. On ne reconnait pas les Horrors. Métamorphose épatante en défenseurs de la new-wave (trente ans après) ils subjuguent, émerveillent. Même si la pochette rappelle celle du "Pornography" des Cure. Même si l’introduction de "I Only Think Of You" est directement inspirée du "Sister Europe" des Psychedelic Furs. Même si "Scarlet Fields" et sa ligne de basse nous rappelle que "Love Will Tear Us Apart" et Ian Curtis ne sont pas loin. Peu importe. Certains sots crient au scandale, s’octroyant le droit de déclamer un plagiat. The Horrors se sont en fait servis ici d’influences anglo-saxonnes majeures pour écrire un chef d’œuvre modernisant une musique grise, ténébreuse et préoccupante, à une heure où Robert Smith a perdu en vraisemblance.

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"Skying"

Nous sommes maintenant en 2011, les Horrors sortent "Skying". Le New Musical Express vient récemment de les proclamer "meilleur groupe de Grande-Bretagne" et leur bassiste mentionne l’ecstasy comme source d’inspiration principale. Ils ralentissent encore le tempo, placent le synthé comme une omniprésence et se servent du chant et des chœurs pour frôler le divin. Hormis les prodigieuses nappes sonores créées par le clavier, la guitare servira à passer de ce style nouveau à des riffs singuliers qui captiveront les excentriques. De deux albums débrouillards, on arrive donc à "Skying". Une pièce magistrale, faite de nombreuses ruptures fortuites, comme personne n’aurait pu le prévoir, à l’image de "Endless Blue", "Moving Further Away" ou "Oceans Burning" : ultime morceau de ce disque, fleuron des Horrors.

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